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Cultiver des rosiers en respectant l’environnement, est-ce possible?

Rosa 'Rainbow Sorbet' © Jardin botanique de Montréal (Lise Servant)
Cultiver des rosiers en respectant l’environnement, est-ce possible?

La roseraie du Jardin botanique de Montréal possède une collection de plus de 10 000 rosiers.  En 1995, en collaboration avec Régent Harvey l’horticulteur alors responsable de la phytoprotection, nous avons débuté les essais de lutte intégrée sur une dizaine de plates-bandes de rosiers buissons (environ 700 rosiers).

Qu’est-ce que la lutte intégrée?

La lutte intégrée est un ensemble de moyens biologiques, culturaux, mécaniques et  chimiques mis en œuvre pour maintenir les populations d’organismes pathogènes sous un seuil acceptable.  L’incidence des maladies fongiques et des insectes ravageurs s’accroît avec le nombre de rosiers.  En monoculture, un programme de lutte intégrée gagnant commence avant tout par une bonne régie de culture et une sélection de cultivars résistants.

Les premiers résultats

Les 700 rosiers choisis ont ainsi reçu un traitement hebdomadaire de bicarbonate de sodium en mélange avec de l’huile horticole. Au cours de la saison, l’huile a causé de la phytotoxicité au niveau du feuillage des rosiers et a provoqué un retard de croissance général des plants. Cette même année, l’acarien Amblyseius fallacis fut introduit au niveau des hybrides de Rosa rugosa afin de stabiliser les populations d’acariens ravageurs et la coccinelle Hippodamia convergensfut introduite chez certains rosiers hybrides de thé dans le but de contrôler les pucerons.

Enfin des essais concluants!

Les années suivantes, nous avons expérimenté le savon insecticide et les bicarbonates de soude et de potassium, séparément puis dans un traitement combiné.  Les résultats étant concluants, nous avons augmenté la superficie traitée  en lutte intégrée graduellement jusqu’en 2005, l’année où toute la roseraie était dans un programme de lutte intégrée. Parmi les essais de divers produits au cours des dix années d’expérimentation et d’observations, le bicarbonate de potassium en mélange avec le savon insecticide s’est avéré être une solution alternative aux utilisations de fongicides et insecticides de synthèses.  Les anti-transpirants se sont avérés efficaces pour prévenir l’oïdium.

Les avantages du bicarbonate

Le bicabornate est un fertilisant aux propriétés fongicides qui agit rapidement suivant la mise en contact avec le pathogène. Mélangé à un « dispersif adhésif » tel que le savon insecticide, le bicarbonate doit être appliqué de façon uniforme sur la feuille. Selon les études, il causerait des dommages aux parois cellulaires des spores de fungus, ce qui entraîne la déshydratation et la mort des cellules. Le pH du bicarbonate qui s’élève à 8,2 joue également un rôle. Utilisé avec un savon insecticide, son pH s’accroît à 9,5. L’utilisation du bicarbonate de sodium n’augmente pas la quantité de sodium dans le tissu foliaire de la plante. Toutefois, une augmentation du taux de bicarbonate dans le sol peut mener à une carence en magnésium et en calcium due à la formation de composés de carbonates insolubles. Cela peut également nuire à l’absorption de fer et favoriser l’apparition de nécrose. Par ailleurs, l’usage de bicarbonate de potassium apparaît très avantageux. Lorsqu’il se décompose dans le sol, il produit du carbonate de potassium, de l’eau et du dioxyde, trois composants qui se dissolvent rapidement dans l’environnement.

Des rosiers suivis de près

L’intensification de la lutte intégrée nous a amenés à inclure un nouvel outil de travail, soit la fiche de dépistage qui nous permet de suivre l’état phytosanitaire des cultivars de rosiers ainsi que l’efficacité et la phytotoxicité de nos interventions.  Le bilan de ces fiches nous aide à déterminer nos plantes indicatrices et notre stratégie d’intervention. Depuis l’été 2007, le compagnonnage des rosiers avec des plantes attractives visant les insectes bénéfiques et de plantes répulsives visant les arthropodes ravageurs est aussi une avenue intéressante expérimentée dans la section des rosiers anciens. En ce début d’été 2011, nous procédons à de nouvelles recherches portant sur l’expérimentation au niveau de l’utilisation de bio-fongicide à base de Bacillus subtillis. Le résultat de toutes ces expérimentations: une roseraie dans un état phytosanitaire de fin de saison très acceptable et une diminution de 90% des insecticides de synthèse et 90% des fongicides de synthèse sans aucun acaricide chimique employé.  Ce programme d’intervention est devenu un outil de référence annuelle que l’on adapte à la réalité du jardin chaque saison.

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5 Commentaire(s)
Portrait de Andrée Rainville
Andrée Rainville

Ces roses, ces roses sublimes, m'appellent ! J'y vais demain !

Portrait de Jasmine Kabuya Racine
Jasmine Kabuya ...

Votre travail a été très inspirant pour nous, horticulteurs au parc Jean-Drapeau. Ayant pris connaissance de vos techniques en 2006, nous avons également testé les traitements au bicarbonate de potassium et au savon insecticide et les résultats furent également concluants. Depuis, nous persévérons dans la lutte intégrée et les rosiers ont belle allure et ce sans le besoin de l'arsenal de produits ultra chimiques!

Bravo pour avoir montré l'exemple!

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Merci pour votre commentaire!

Portrait de Lucie Beaupre
Lucie Beaupre

bonjour, je cultive plusieurs sortes de rosiers depuis quelles années et je ne fait pas d'intervention chimique; j'habite
à l'orée d'une forêt des conifères, presque tourbière. J'aimerais savoir quelles plantes entrent dans votre programme de compagnonnage. Merci

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Bonjour Mme Beaupré,

Merci de votre intérêt pour Espace pour la vie. Concernant votre question, il faudrait passer par le service de renseignements horticoles. http://espacepourlavie.ca/service-de-renseignements-horticoles

Merci!
L'Équipe du blogue Espace pour la vie