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Les monarques savent se soigner

Papillon monarque
Credit: Espace pour la vie (André-Philippe Drapeau Picard)
Papillon monarque
  • Papillon monarque
  • Un monarque infecté à Ophryocystis elektroscirrha (OE).
Les monarques savent se soigner

Les organismes vivants sont constamment confrontés à une grande diversité de maladies ou de parasites en tout genre. Les derniers mois nous ont démontré que les humains n'y échappent pas non plus. Toutefois, les organismes ciblés ne sont pas démunis face à ces attaques, car il existe plusieurs mécanismes pour prévenir et limiter ces infections. Et les papillons monarques ont plus d'un tour dans leur sac!

Différents mécanismes pour prévenir l'infection

Il y a deux grands groupes de mécanismes pour lutter contre ces attaques: les mécanismes physiologiques (phénomène biologique à l'intérieur d'un organisme) et les mécanismes comportementaux.

Le mécanisme physiologique de défense contre les maladies le plus connu est le système immunitaire. Ce système complexe permet à l’organisme de reconnaître et d’éliminer "l'étranger" qui tente de l'infecter. Toutefois, il arrive que le système immunitaire ne soit pas suffisant pour se défendre contre les maladies et les parasites.

Certains animaux modifient alors leur comportement afin de prévenir ou de limiter les infections1. Parmi les comportements étudiés, on a observé de l'évitement (des individus sains évitent d'être en contact avec des individus malades) et de l'automédication (par la consommation de produits qui ne se trouvent pas dans leur diète habituelle). En d’autres mots, certains animaux se "distancient" ou prennent des "médicaments" pour lutter contre des infections. Ces comportements ne vous paraissent-ils pas familiers? Fascinant n'est-ce pas?

Et le monarque dans tout ça?

Les monarques n'échappent pas aux infections, car le protozoaire parasite Ophryocystis elektroscirrha (OE) est couramment retrouvé parmi les deux populations nord-américaines. Les papillons infectés sont recouverts de spores qu'ils disperseront tout au long de leur vie. Lorsqu'une femelle infectée pond un œuf, elle disperse involontairement plusieurs spores d’OE sur la capsule de l'œuf et sur la surface de la feuille. L'infection du nouveau monarque se produit après l'éclosion quand la chenille ingère les spores du protozoaire. Lorsque le taux d'infection est élevé, les monarques subissent plusieurs effets négatifs, dont une diminution de leur durée de vie, leur capacité à se reproduire et à voler.

Un mécanisme peu commun

Afin d'éviter des taux d'infections trop importants et de subir les effets néfastes de ce parasite, le monarque utilise un mécanisme rarement documenté dans le règne animal2. Les femelles infectées pondent sur des espèces d'asclépiades dites "anti-parasites", plutôt que de pondre sur des espèces plus nourrissantes2. On parle d'asclépiades "anti-parasites", car elles sont riches en cardénolides. Ces molécules, stockées dans les tissus des chenilles, limitent la multiplication du parasite (pour en savoir plus sur les cardénolides voir le blogue Les monarques et les asclépiades, une relation complexe). Ainsi, les mères malades aident leurs petits en les déposant sur des asclépiades thérapeutiques, comme si elles leur donnaient un médicament!

Les monarques, comme les humains, ajustent leur comportement pour mieux lutter contre les maladies et se guérir. Beaucoup de questions sur le phénomène de l'automédication chez les animaux restent encore aujourd'hui sans réponse. D'étonnantes découvertes sont sans doute à notre portée. Il est donc important de protéger cet insecte modèle afin de continuer à l'étudier. Voilà une autre bonne raison d'aider le monarque!

 

 

Références:

1Lefèvre, Thierry, Allen Chiang, Mangala Kelavkar, Hui Li, James Li, Carlos Lopez Fernandez de Castillejo, Lindsay Oliver, Yamini Potini, Mark D. Hunter, et Jacobus C. de Roode. ‘Behavioural Resistance against a Protozoan Parasite in the Monarch Butterfly’. Journal of Animal Ecology 81, no. 1 (2012): 70–79.

2Lefèvre, Thierry, Lindsay Oliver, Mark D. Hunter, et Jacobus C. De Roode. ‘Evidence for Trans-Generational Medication in Nature’. Ecology Letters 13, no. 12 (2010): 1485–93.

 

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