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Ép. 2 : Nourrir les animaux

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À la cuisine du Biodôme, la technicienne en soins animaliers prépare avec attention des repas variés et soigneusement équilibrés pour nourrir quelque 2 500 animaux.

Krystel Marinier-Sorel est technicienne en soins animaliers, elle nous accueille lors d’une journée dans la cuisine du Biodôme. Elle doit rester bien concentrée pour peser au gramme près les diètes balancées pour chacun des animaux du Biodôme. Son rôle est important, car l’alimentation est à la base de la santédes animaux et dans ce domaine, rien n’est laissé au hasard!

Transcription

Krystel Marinier-Sorel - Les singes n'aiment pas la nouveauté. Ils vont peut-être finir par manger si je leur offre la même chose deux, trois fois, mais la première fois, souvent, on a droit à des petits froncements de sourcils. Puis, ils n'en veulent pas. 

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Krystel Marinier-Sorel - Je m'appelle Krystel Marinier-Sorel et je suis technicienne en soins animaliers au Biodôme. Je travaille à la cuisine des animaux et aussi, dans la forêt tropicale. Donc, avant d'être au Biodôme, j'ai travaillé en milieu animalier. J'ai travaillé dans un salon de toilettage et dans une ferme. J'ai aussi travaillé dans une animalerie et, pour rentrer au Biodôme, évidemment, il faut des études. J'ai été faire un baccalauréat en biologie ainsi qu'un certificat en écologie. J'ai vraiment une passion depuis toujours pour les animaux. Donc, c'était vraiment une belle opportunité de venir au Biodôme pour voir toutes sortes d'animaux, exotiques surtout.  Ça fait changement des animaux de maison. Une journée typique dans la cuisine des animaux… Chaque jour de la semaine est différent. Le travail à la cuisine, c'est vraiment du lundi au vendredi. On a des cédules, on a des diètes à faire chaque jour. Elles sont différentes, évidemment, chaque jour de la semaine, mais c'est vraiment ça. On arrive le matin, on va sortir nos diètes pour la journée, préparer les étiquettes qu'on va mettre dans les bols, puis après il y a des petits extras: passer des commandes, des choses comme ça. Mais sinon, la journée typique, c'est vraiment de la préparation : on coupe des légumes et on coupe des fruits toute la journée.

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Krystel Marinier-Sorel - Donc, on va rentrer dans la cuisine. La cuisine des animaux. Ici, dans l'espace principal de travail, en fait, on retrouve un four. C'est vraiment comme dans une cuisine normale. On a un four. Il y a certaines choses qu'on doit faire cuire au four comme, par exemple, les courges. Sinon, il n'y a pas beaucoup de recettes qui sont, qu'on dirait, transformées.Tout est cru, pour la plupart. Ensuite, on a évidemment sur le comptoir, le robot mélangeur. On a aussi un petit four avec deux ronds. Là, on va faire cuire, par exemple, les patates douces et les œufs pour faire les œufs cuits durs. On a un micro-ondes, on a un énorme mélangeur aussi, comme on utilise dans les restaurants, souvent pour la pâte à pizza.  Ici, on l'utilise pour faire nos gros mélanges, qu'on va faire une fois par mois et qu'on va congeler. C'est plus simple. Sinon le reste, c'est vraiment une cuisine typique. Le plan de travail, des balances, évidemment, plein de balances, parce que tout est pesé. Des ustensiles en quantité phénoménale et des bols. Ensuite, on a ici sur la droite, l'entrepôt sec. C'est comme un énorme garde-manger. On va retrouver toutes les moulées, par exemple, pour les animaux. Les moulées sont là, on a plein de choses : des conserves de pêches, du jello, du jus de fruits, toutes sortes de choses et des épices qu'on va garder. Donc ça, c'est l'entrepôt sec. Ensuite, on s'en va ici, au frigo. C'est le gros frigo du Biodôme: tous les fruits et légumes y sont entreposés. Les diètes aussi sont entreposées là, prêtes à l'emploi.  On a aussi le gros congélateur où il fait moins 22 degrés à l'intérieur et où on conserve le poisson et les proies.  Tout ça à l'intérieur.

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Krystel Marinier-Sorel - Aujourd'hui, on a plusieurs diètes à faire. On est mercredi, donc on a les diètes pour l'érablière. On va faire celle des ratons laveurs, on va faire celles du castor et du porc-épic et on va aussi préparer les viandes pour les lynx et les loutres de l'érablière. Pour faire la diète des ratons laveurs, par exemple, on va débuter en sortant évidemment tous nos plats. Donc, on sort nos plats pour la semaine. C'est sept plats. On va sortir nos étiquettes. On va sortir la diète qui a été établie par le vétérinaire, qui est déjà écrite. Et à partir de là, on va suivre la diète, aller chercher tous les ingrédients au frigo, au congélateur, tout dépendant des aliments, et on va amener ça et couper selon… Bon, c'est sûr que pour les ratons, on coupe beaucoup moins et on laisse en gros morceaux, mais selon l'espèce, on va couper ou non, ajouter ça dans les plats, puis ensuite fermer les plats et les remettre au frigo pour qu'ils soient prêts pour les techniciens.

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Krystel Marinier-Sorel - Là, je suis rendue au jeudi. Le jeudi, c'est la journée où on a du congelé : de la macédoine, puis des poussins. Et comme c'est pour dans sept jours, je ne les mets pas à l'intérieur tout de suite, je vais mettre seulement des étiquettes. On s'habitue, car on a beaucoup de proies congelées, surtout pour les lynx. Ils en mangent beaucoup et on ne donne jamais de proies vivantes, parce qu'il pourrait y avoir des accidents. Un rat vivant, par exemple, pourrait mordre l'animal qui essaie de le chasser. C'est aussi pour le public, pour les enfants. On ne veut pas voir un lynx courir après un lapin. À la cuisine, ça prend une certaine organisation si on ne veut pas se perdre dans nos trucs au courant de la journée. Chaque fois que j'ai terminé une diète, je range tout, je lave tout et je recommence pour la prochaine. Donc là, c'est ce que je vais faire. 

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Krystel Marinier-Sorel - À la cuisine des animaux, c'est important d'être organisé et méthodique. Pourquoi on fait ça, en fait? Car c'est plein de petites choses. C'est sûr que si ça n'est pas la même personne qui prépare une diète, par exemple, ça va être coupé différemment. Ça peut être coupé plus petit ou coupé plus gros. Finalement, les aliments sont mélangés ensemble alors que d'habitude, ils ne sont pas mélangés d'avance. C'est plein de petites choses comme ça. Ce n'est pas grave, mais ce sont des choses qui peuvent faciliter la vie des techniciens. Si c'est déjà coupé en morceaux, le technicien n'a pas à le faire. Côté organisation, dans la cuisine, tout est placé à un certain endroit et on remet toujours les choses au même endroit, même dans le frigo. On va remettre les caisses de laitue romaine au même endroit, toujours. Pourquoi? C'est que ça sert à tout le monde du Biodôme.  Celui qui vient chercher des choses dans le frigo n'aura pas à chercher. On sait que c'est là, donc on ne cherche pas. Ça optimise, en fait, le travail de tout le monde. Ça va plus vite et il n'y a personne qui se cherche. À la cuisine, c'est important d'être concentré. On a plusieurs diètes qui sont particulières, qui sont pesées et qui sont variables selon la sorte de, par exemple, primates.  On a trois sortes de singes, au Biodôme. Les trois mangent à peu près la même chose, mais pas exactement. Pas les mêmes quantités non plus et chaque jour, c'est différent. Donc, il vient un moment où il faut vraiment se concentrer et se dire bon : pour lui, c'est ça, lui : c'est ça et lui, c'est ça. S'il y a quelqu'un qui te parle en même temps, des fois tu te perds, tu ne sais plus ce que tu es en train de faire. Puis, c'est important que tout soit bien mesuré. Ils ont quand même des diètes établies, ce n'est pas pour rien. Ce sont des animaux en captivité et ils peuvent être portés à prendre du poids facilement. Aussi, on ne veut pas mélanger des aliments qu'ils n'auraient pas le droit de manger, par exemple, puis de mettre ça dans leur diète. 

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Krystel Marinier-Sorel - Je te dirais que le lundi, mercredi et jeudi, c'est des grosses, grosses journées. Ça dépend aussi : quand on a de la préparation et que c'est du tout  cru, comme ça, et qu'on fait juste couper, c'est pas pareil. Mais si on a de la cuisson à faire, c'est plus long. Des bleuets, des noix et des poires. Je vais prendre des bleuets congelés parce que j'en ai manqué. Pourquoi ça arrive? Des bleuets frais qu'on a reçus, la moitié était déjà moisie. Donc, j'utilise les congelés. On a toujours un backup. Les ratons, étant donné que ce sont des animaux qui cherchent beaucoup leur nourriture et qu'on veut les faire travailler, ça nous donne l'occasion de lancer les bleuets dans l'habitat. Alors, ils vont travailler beaucoup plus longtemps pour manger tous leurs petits bleuets. Parce que les bleuets congelés sont plus petits que les frais. Les ratons sont un petit peu fancy. Des fois, il y a des choses qu'ils aiment moins, donc on essaie de trouver des choses qu'ils préfèrent. Alors, si c'est des endives qu'ils aiment, on va leur donner des endives. Parce que là, ils ont eu deux jours de salade romaine.  Ils en mangent, mais c'est ça. Ici on a des brocolis. Il ne reste pas beaucoup de fleurons et plus de tiges, mais c'est correct parce que nos amis ratons n'aiment pas beaucoup les fleurons de brocoli. Donc, on donne les pieds, comme ça au moins ils ont du brocoli. 

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Krystel Marinier-Sorel - Le rôle, à la cuisine des animaux, c'est un rôle qui est super important au Biodôme. En fait, c'est un peu le pilier central du Biodôme. Évidemment, tous les animaux mangent. Donc, c'est vraiment à la cuisine qu'on va préparer toutes les diètes pour pratiquement tous les animaux du Biodôme. C'est là qu'on va préparer et recevoir les commandes de nourriture. Préparer tout ça, pour que tout soit prêt si des techniciens viennent chercher eux-mêmes des aliments dans le frigo, pour leurs animaux. 

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Krystel Marinier-Sorel - C'est sûr que les diètes du Biodôme sont très, très différentes de ce qu'ils vont manger en nature. La différence étant surtout au niveau énergétique, au niveau calorique. En nature, souvent, ils vont faire beaucoup plus d'exercices, vont chercher leur nourriture beaucoup plus afin de pouvoir la manger. Tandis qu'au Biodôme, ils l'ont tous les jours. Donc, on a besoin d'avoir une diète qui est fixe pour ne pas qu'ils engraissent, tout simplement. C'est sûr qu'on leur fait faire de l'entraînement, de l'enrichissement qui les fait travailler, qui les fait bouger, mais c'est sûr qu'ils font moins d'exercice qu'en nature. C'est pour ça que la diète est établie par la vétérinaire et est très stricte au niveau des grammes qu'on peut donner à chaque animal. 

Krystel Marinier-Sorel - Diète des chauves-souris. Je vais prendre mes chariots. (Bruits de chariots qui roulent) Un petit plateau ici. Donc là, je prépare le repas de toutes les chauves-souris du Biodôme, pour le lendemain. Pour elles, c'est : des plateaux de nourriture, des brochettes de fruits et des bananes. Je prépare tout ça pour demain. As-tu vu, Steph? 

Steph - Non, je n'ai pas vu. 

Krystel Marinier-Sorel - Les papayes n'ont pas de pépin. 

Steph - Je sais, je ne comprends pas ce qui se passe.

Krystel Marinier-Sorel - Tu les ouvres, elles sont ainsi. C'est bizarre, hein? 

Krystel Marinier-Sorel - Il arrive parfois que les papayes ne sont pas, pas bonnes, mais pas mûres, pas assez mûres. Ça arrive souvent qu'on reçoive des caisses et que les papayes soient vertes, vertes, vertes. Quand c'est trop vert, les chauves-souris ne les mangent pas. Dans la nature, les chauves-souris vont manger des fruits qui sont, à la limite, beaucoup trop mûrs. Donc, elles ne mangeront pas. À ce moment-là, on a des listes d'aliments qui ont été approuvés par les vétérinaires et qu'on peut donner aux espèces. Les chauves-souris, par exemple, peuvent manger du melon miel, du melon d'eau - tous les types de melons, en fait. C'est souvent ce qui va arriver. Si je n'en ai pas ici, je vais appeler mon fournisseur qui peut venir m'en apporter demain matin, puis parfois dans la journée même. Ça peut nous dépanner. Sinon, on s'arrange un peu avec ce qu'on a ici. Des poires, on en a toujours et on sait qu'ils en ont le droit, alors on pourrait mettre des poires pour compenser. Ou mettre plus de cantaloup.

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Krystel Marinier-Sorel - À la cuisine, on va aussi s'occuper des commandes - des commandes d'aliments. Fruits et légumes : c'est à chaque semaine. Ça, c'est nous qui nous en occupons. On va passer la commande pour ça. Les insectes aussi, on va les commander. Donc tout ça, c'est des commandes qu'on va passer directement de la cuisine. Par la suite, c'est envoyé au magasinier, donc au magasin. La personne qui est là va confirmer la commande et l'envoyer au fournisseur. Quand la commande arrive directement à la cuisine, par exemple la commande de fruits et légumes, c'est nous qui allons remarquer s'il manque quelque chose. À ce moment-là, on peut appeler directement le fournisseur et souvent, ils vont nous le renvoyer la journée même. Surtout notre fournisseur de fruits et légumes. Il vient toutes les semaines, donc il est là souvent. 

Krystel Marinier-Sorel - (Au téléphone) Oui, bonjour, ce serait pour passer une commande. Pour lundi matin. Parfait, donc : quatre unités de fenouil, un sac de betteraves de dix livres, cinq brocolis, deux choux-fleurs, une caisse de concombres anglais, une caisse de laitue romaine, trois caisses de papayes rouges. Est-ce que tu peux spécifier: mûres, s'il te plaît? OK, parfait. D'habitude, elle l'écrit et ils essaient. (rires) OK, merci. Oui. Merci à vous, au revoir. 

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Krystel Marinier-Sorel - Tous les gens du Biodôme vont travailler ensemble, en fait, pour la cuisine. Donc : on a les vétérinaires qui vont établir des diètes, qui vont vraiment décider des quantités selon les espèces. Ensuite, il y a nous à la cuisine, qui allons préparer tout ça, et il y a les techniciens qui eux, vont le donner aux animaux. Ce qui est important aussi, c'est que le technicien, lui, voit si l'animal le mange. S'il ne le mange pas, s'il a de la diarrhée qui est causée par ça, des vomissements ou quoi que ce soit. Là, ça revient soit aux vétérinaires ou à la cuisine. Le technicien va dire: ah bien là, ça, il n'aime pas ça. Par exemple, les brocolis: ils n'aiment pas le brocoli. On va donc changer la diète, on va en parler au vétérinaire. C'est un gros travail d'équipe qui se fait entre les techniciens, les vétérinaires et la cuisine pour que tout se prépare bien et soit toujours correct pour les animaux. 

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Krystel Marinier-Sorel - Il y a une grosse part de nettoyage dans la cuisine. On salit beaucoup de choses, donc on nettoie beaucoup. Dans la pièce à côté, on a un lave-vaisselle en fait, qui va aller à haute température pour vraiment les désinfecter. On fait un pré prélavage, puis ensuite je vais aller mettre ça de l'autre côté. C'est pour ça que j'utilise un plateau. (bruits d'eau) C'est très collant, la diètedes chauve-souris. Souvent, je lave le comptoir trois fois après :  avec les brochettes, ça devient tout plein de fruits, plein de jus de fruits collant.

Krystel Marinier-Sorel - Ce que je préfère, à la cuisine, c'est d'être au courant un peu de tout. Quand on est technicien, on travaille dans une section, on connaît nos animaux : qu'est-ce que nos animaux mangent. Tandis qu'à la cuisine, on est un peu responsable de l'alimentation de tous les animaux du Biodôme. C'est le fun de connaître un peu les goûts, les préférences aussi de certains individus, tout ça. Donc moi, c'est ce que j'aime beaucoup de travailler à la cuisine : pouvoir préparer tout ça. Et aussi, ce petit côté un peu… On travaille un peu plus en solitaire. Des fois, ça fait du bien. Donc, on travaille seul, on fait nos propres petites routines.  C'est plein de petits avantages, de travailler à la cuisine. 


Ce balado est une production d'Espace pour la vie, un service de la Ville de Montréal.

Avec la participation de Krystel Marinier-Sorel, Technicienne en soins animaliers et de l'équipe du Biodôme.

  • Réalisation : Amarilys Proulx et Marine Fleury
  • Recherche et scénarisation : Amarilys Proulx. 
  • Recherche musicale : Marine Fleury. 
  • Prise de son : Antonin Wyss. 
  • Montage et mixage : Mériol Lehmann

Espace pour la vie, le plus important complexe en sciences de la nature au Canada, a pour mission de rapprocher l'humain de la nature et de favoriser une prise de conscience sur la nécessité de s'engager dans sa protection.

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