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Les balados nobELLES - Transcription - Épisode 2 - Jocelyn Bell

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Balados nobELLES

 Épisode 2 - Jocelyn Bell

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nobELLES raconte l’histoire des femmes qui ont changé le monde avec leur découverte, mais que leurs contemporains ont préféré royalement ignorer. Ici, on remet les pendules à l’heure, on oublie les gants blancs, on met les points sur les i et on en tire des leçons à appliquer aujourd’hui!

hr - nobELLES

En pleine Guerre froide, une étudiante irlandaise, Jocelyn Bell, a capté un signal étrange dans le ciel. Était-ce des extraterrestres qui voulaient communiquer avec elle? Ce qu’elle a découvert a révolutionné l’astronomie. Pourtant, ce n’est pas elle, mais son professeur, qui a récolté la gloire. Voici l’histoire d’une femme à qui on a toujours bien fait sentir sa différence, et qui en a fait une compétence…

« La colère elle est pas disponible pour les femmes de la même manière qu’elle peut l'être pour les hommes, on questionnera pas l’homme qui s’emporte, qui sacre un poing sur la table dans son CA ou son équipe, c’est une rage qui est valide et validée, tandis que pour les femmes, on va souvent reléguer nos émotions, quand elles sont mises à l’avant. »

Jocelyn Bell est une jeune Irlandaise qui étudie en Angleterre quand Spoutnik — le premier satellite artificiel de la Terre — est lancé par la Russie. Cet événement la marque la vie. C’est décidé : elle veut travailler en astronomie.

Mais le premier jour du secondaire, le professeur annonce que pour la période de l’après-midi les garçons et les filles doivent se séparer et se rendre dans des locaux différents. Jocelyne croit d’abord que c’est pour le cours d’éducation physique. Elle se trompe. On envoie les garçons étudier les sciences, pendant qu’on envoie les filles suivre un cours « d’éducation domestique ».

Il faut dire qu’on est dans les années 50. C’est une drôle de période, parce que les femmes ont remplacé les hommes sur le marché du travail pendant la 2e guerre mondiale… mais les institutions, maintenant, veulent s’assurer de les ramener au foyer.

Des psychiatres, des psychologues et des écrivains populaires de l’époque critiquent ouvertement les femmes qui souhaitent poursuivre une carrière. On dit d’elles qu’elles sont des « femmes désagréables », des « femmes perdues », on leur diagnostique une « souffrance de l’envie du pénis », ou, tout bonnement, on dit qu’elles ont une « haine des hommes »

« Women were not expected to be anything else then sex objects, wives, mothers, housewives. You weren’t expected to have any brain. You weren’t expected to have any career. Getting married was the goal. »

En français :

« On ne s’attendait pas à ce que les femmes soient autre chose que des objets sexuels, des épouses, des mères, des femmes au foyer. On ne s’attendait pas à ce que vous ayez un cerveau. On ne s’attendait pas à ce que vous ayez une carrière. Se marier, c’était ça le but. »

Jocelyn n’a pas conscience de tout ça, bien sûr. C’est encore une enfant, qui, pendant toute la période d’éducation domestique, songe que ses confrères se font parler de physique et d’astronomie… alors qu’elle doit étudier la broderie et la cuisine.

Au retour à la maison, elle en parle à sa famille. Le lendemain, ses parents appellent ceux de deux filles de la classe qui s'intéressent aux sciences et, ensemble, ils font pression sur l’école.

Au cours de science suivant, les trois filles peuvent se rendre au local de science. À la fin de l’année, Jocelyn est la première de la classe.

C’est un peu étrange d’être seulement trois filles parmi la douzaine de garçons pendant tout le secondaire, mais c’est rendue à l’université que Jocelyn va ressentir le plus l’isolement.

À Glasgow, quand elle arrive à ses cours de science, les jeunes hommes de la classe se mettent à siffler, à piocher et la « catcaller ».

Malgré elle, les réactions et les commentaires salaces des garçons la font rougir, et quand ils voient ses joues rouges, ils font encore plus de tapage. Mais elle ne veut pas se laisser intimider. Alors le soir, devant le miroir, elle se pratique à contrôler ses expressions faciales. Au bout d’un moment, elle parvient à maîtriser ses rougissements et elle arrive à entrer en classe avec un visage complètement neutre. Elle rajuste ses lunettes sur son nez et prend place sans réagir, sans rougir. 

« It had a isolating effect. There was a ‘them’ and ‘me.’ I was rather on my own the whole time. »

« Ça a eu un effet isolant. Il y avait un “eux” et un “moi”. J’étais plutôt seule tout le temps. »

Au 2e cycle, elle est admise en radioastronomie à Cambridge.

Cambridge est l’une des universités les plus sélectives du Royaume-Uni. Là-bas, les jeunes hommes ne font pas de tapage. Ils sont polis, cultivés… et snobs. Elle ne s’y sent pas plus à l’aise. Elle, une Irlandaise, issue d’un peuple « primitif », se retrouve au milieu de ces jeunes hommes anglais issus d’écoles très chères qui sont convaincus de leur propre génie. Elle est une étrangère, et eux ont l’air si sûrs d’eux!

Elle commence à développer un syndrome de l’imposteur. Le doute s’installe.

Elle croit que Cambridge a fait une erreur en l’acceptant et qu’on va l’expulser.

« Until they sent me home, I was gonna work my hardest so that when they did send me home, I wasn’t gonna have a guilty conscious. »

« Jusqu’à ce qu’ils me renvoient, j’allais travailler de mon mieux pour que lorsqu’ils me retourneraient chez moi, je n’aurais pas mauvaise conscience. »

Elle rejoint l’équipe d’assistants de recherche du professeur Antony Hewish, qui s’intéresse aux quasars, des entités scintillantes découvertes dans les années 60.

Hewish fait construire un radiotélescope pour les étudier. Ce sont ses assistants de recherche — des étudiants — qui doivent le bâtir.

Le radiotélescope ressemble en fait à un champ de barbelés.

Sa surface est couverte de câbles et de pylônes avec des récepteurs de rayonnement galactique. Sa construction dure 2 ans. Le travail se fait dehors, beau temps, mauvais temps. Le matin, Jocelyn bâtit l’équipement, l’après-midi, elle va à ses cours.

Le télescope est terminé en 1967. Tous les jours, les données qu’il capte sont imprimées sur plus de 30 mètres de papier. Les feuilles sont recouvertes de ce qui a l’apparence de lignes cardiaques, que Jocelyn a la responsabilité d’analyser.

Tous les jours, elle y cherche les quasars. Il faut le faire à la main, comme car oui Cambridge a un ordinateur, mais un seul et il appartient à un autre département. En six mois, elle trouve une centaine de quasars.

Mais un jour, quelque chose attire son œil : une marque étrange sur une des lignes cardiaques. Pas un quasar, non. Autre chose.

Au lieu de la friture habituelle, elle observe une séquence très régulière de « bip bip bip ».

C’est une série de bosses peu profondes, régulièrement espacées, chacune séparée de ses voisines de 1,34 seconde.

Elle a l’impression de lire un code morse. Qu’est-ce que c’est que ça?

Elle nettoie ses lunettes, les replace sur son nez.

La marque ne fait qu’un centimètre sur l’ensemble d’une analyse du ciel de 120 mètres. On dirait presque une éraflure dans le ciel. Une éraflure qui pulse. Elle prend un crayon rouge et trace un point d’interrogation sur la feuille.

Elle mentionne l’anomalie à Hewish et à l’équipe. Elle leur montre la marque, et ils se mettent à plaisanter : ils l’appellent « little green man », petit bonhomme vert. Ça doit être un extraterrestre qui veut communiquer avec la terre!

Plus sérieusement, Hewish lui demande si elle a mal installé une partie du télescope. Quand elle lui assure que non, il lui dit qu’il s’agit d’une interférence et qu’elle ne doit pas en tenir compte. Mais Jocelyn a passé des heures sur les données, elle est habituée à éliminer les interférences humaines et les « bugs », et elle ne croit pas que c’est ça.

Jocelyn poursuit sa quête de quasars. En continuant de parcourir les cartes, toutefois, elle repère encore le signal mystérieux. Il est en fait sur environ 10 % des impressions, toujours dans la même région du ciel. L’anomalie arrive quatre minutes plus tôt chaque jour. Elle est à l’heure des étoiles. Sa source n’est pas terrestre, elle le voit bien!

Est-ce l’autre hypothèse qu’elle doit explorer? Est-ce que ça se peut que ce soit une communication extraterrestre? C’est difficile à imaginer.

La nuit, après avoir parlé avec son fiancé au téléphone et alors que les autres dorment, elle boit du thé et continue d’explorer ses cartes du ciel à la recherche de la marque.

Un mois passe sans qu’elle ne trouve rien. Elle perd un peu confiance.

Puis, une nuit, elle repère une deuxième marque qui pulse de la même manière. Elle provient d’un endroit du ciel complètement différent. Il est 3 h du matin, mais elle a aussitôt un regain d’énergie. Elle court à l’observatoire, change les paramètres de l’enregistreuse, accélère son rythme, et cible cet endroit dans le ciel. Elle retient son souffle pour ne faire aucun bruit. Silence.

La voilà! C’est la pulsion!

Au cours des semaines suivantes, elle trouve encore 2 signaux, à d’autres endroits du ciel. Elle en a maintenant 4. Elle écarte la thèse des petits hommes verts. Ça ne peut pas tous être des extraterrestres qui signalent en même temps, de différents endroits du ciel, d’une manière aussi stupide… Non, c’est une nouvelle sorte d’étoile!

Elle ne le sait pas encore, mais elle a découvert les pulsars, et l’astrophysique ne serait plus jamais la même.

Elle présente ses observations à Hewish, qui en parle aux autres astronomes de Cambridge.

Ensemble, ils retrouvent un vieil article scientifique de 1934, dans lequel des astronomes émettaient l’hypothèse suivante : quand une étoile massive — une supernova — explose, elle laisse derrière elle un noyau composé de neutrons. Celui-ci aurait la taille d’une ville et ferait un million de degrés.

À l’époque, leur hypothèse paraissait folle et elle était impossible à vérifier.

Jocelyne et Hewish pensent que c’est ce qu’ils voient sur leurs feuilles. Ils calculent que leur entité a une densité équivalente à une montagne pressée dans un dé à coudre. Et celle-ci tourne sur elle-même comme un phare.

Ils publient un article dans la revue Nature pour annoncer la découverte. Le papier a cinq auteurs dans son entête. Le nom d’Hewish est en premier, celui de Bell en deuxième.

C’est un journaliste qui va donner son nom au pulsar, en contractant les mots « pulsating radio source ».

La découverte provoque un grand intérêt médiatique. Et encore plus quand la presse apprend que la personne qui a fait la découverte est une femme. L’équipe est alors bombardée de demandes d’entrevues.

La capacité de Jocelyn de contrôler son rougissement est à nouveau très utile…

Alors que les journalistes posent à Hewish des questions d’astrophysiques, Jocelyn, elle devient l’intérêt humain des articles. Les photographes lui demandent de déboutonner sa chemise, des journalistes lui demandent quelles sont ses mensurations, on veut savoir combien d’amoureux elle a eus en même temps, on lui demande si elle se voit comme une blonde ou une brunette, on veut savoir si elle est plus grande que la princesse Margaret.

C’est dans ce tourbillon que Jocelyn obtient son doctorat. Par ailleurs, elle s’est mariée entre la découverte de son 2e et de son 3e pulsar, et les gens la félicitent davantage pour son mariage que pour sa découverte…

Après le doctorat, elle travaille à temps partiel, même si ça parait mal. Si une femme travaille, ça veut dire que son mari ne fait pas assez d’argent.

Les femmes mariées n’étaient pas censées travailler, et les mères ne travaillaient certainement pas. Les enfants seraient des délinquants, c’était prouvé! […] Il y avait donc beaucoup de pression sur les femmes pour qu’elles se conforment à l’image féminine.

En 1974, Hewish obtient le prix Nobel pour la découverte des pulsars. C’est la première fois de l’histoire que le prix Nobel est décerné pour de l’astronomie d’observation.

Jocelyn n’est même pas mentionnée. La remise du prix crée une certaine controverse, parce que d’autres scientifiques, eux, rappellent que c’est la découverte de Jocelyn. Ça offusque Hewish. Le professeur ridiculise la contribution de son ancienne élève quand quelqu’un la mentionne.

« C’est un peu comme une analogie que je fais — qui a découvert l’Amérique? Était-ce Christophe Colomb, ou était-ce le guet? Sa contribution a été très utile, mais elle n’était pas créative. »

Les pulsars comptent aujourd’hui parmi les instruments les plus précieux des astronomes, notamment grâce à leur incroyable précision temporelle. Ils ont permis de calculer la masse du système solaire et de localiser son barycentre. Ils ont confirmé la théorie d’Einstein sur la gravité. Ils ont permis d’établir une carte destinée à indiquer aux extraterrestres le lieu de la Terre. Dans le futur, on envisage qu’ils puissent servir de GPS pour la navigation spatiale.

Les pulsars sont aussi entrés dans la culture populaire : une voiture et une montre portent leur nom. Le tracé des petites bosses découvertes par Jocelyn a aussi fait la couverture d’un album de Joy Division, avant de se répandre sur des t-shirts et des tatouages.

La découverte des pulsars a été révolutionnaire. Et elle a été faite par une élève un peu zélée qui ne se sentait pas à sa place et qui a voulu traiter la plus petite donnée inusitée comme un objet de curiosité.

« Sometimes, in research, you can know too much. And it’s the youngster who is ignorant, or somebody coming in from outside who says: you know, the emperor has no clothes. »

Parfois, en recherche, vous pouvez en savoir trop. Et c’est le jeune qui est ignorant, ou quelqu’un qui vient de l’extérieur et qui dit : vous savez, l’empereur n’a pas de vêtements.

Au cours de sa carrière, Jocelyn Bell travaillera dans plusieurs universités et observatoires. Elle sera consultante, conférencière, cheffe de projet, professeure, et présidente de la Société d’astronomie royale.

Aujourd’hui, Jocelyn Bell a 78 ans. Elle n’a jamais reçu de prix Nobel, mais elle jure que ça ne lui fait rien parce qu’à la place, elle a reçu plusieurs autres prix, et c’est bien plus amusant comme ça!

hr - nobELLES

Lili - Les obstacles sur le chemin de Jocelyn Bell ont été nombreux et on peut se demander quel a été leur impact dans ses choix de vie. Le fait, par exemple, quand on a commenté son apparence et son intimité après sa découverte quand elle a été révélée au public en tant que femme scientifique. On peut même reculer à l’époque de l’université quand ses camarades la sifflaient et la catcallaient en classe. C’est quand même fou de penser qu’elle a appris à contrôler ses rougissements. Combien de femmes comme ça, encore aujourd’hui, apprennent à contrôler leurs émotions pour avoir le droit d’exister dans l’espace public? On parle souvent de la censure des émotions chez les hommes. Mais on oublie que les femmes aussi apprennent à censurer les leurs. On parle des émotions taboues chez les femmes avec les deux créatrices du recueil féministe Libérez la colère ! Natalie-Ann Roy et Geneviève Morand. Bonjour!

Nathalie-Ann - Salut!

Geneviève - Bonjour!

Lili - Dites-moi, pourquoi vous avez voulu faire ce recueil? D’où c’est parti?

Geneviève - C’est parti avec les dénonciations de Jian Ghomeshi, qui était une vedette radiophonique du Canada anglais et on a raisonné énormément avec cette dénonciation-là, et surtout par rapport au procès qui a eu lieu après qu’on a trouvé très, très injuste, le traitement des victimes. Et on en a raisonné avec nos propres violences sexuelles qu’on avait vécu. On a commencé à s’écrire Natalie-Ann et moi, des courriels de rage parce qu’on avait vraiment besoin de le déposer quelque part. Puis, en regardant nos courriels tranquillement pas vite, on s’est dit : « Je pense qu’il y a peut-être un livre à faire avec ça, ou en tout cas on avait besoin de hurler, de se créer un espace, que ça existe quelque part ». Puis on a envoyé des invitations à quelques personnes de nos réseaux en disant « ça vous tente-tu d’écrire avec nous? » On s’est mis à recevoir des textes de feu, des textes incroyables qui hurlaient leur colère, les colères sur les violences sexuelles, mais aussi les colères sur le racisme, différentes formes d’oppression, de discrimination. Donc on a vraiment ouvert sur toutes les colères et notre relation à la colère. Ça nous a fait tellement du bien, ça fait que c’était vraiment une chorale de féministes en crisse.

Lili - Vous avez ouvert les valves. Est-ce que vous avez cette impression-là? Qu’il y avait un besoin? Il y avait une censure de la part de beaucoup de gens par rapport à leur colère, par rapport à leurs émotions négatives.

Nathalie-Ann - Oui, tout à fait, c’est… La colère, elle n’est pas disponible pour les femmes de la même manière qu’elle peut l’être pour les hommes. On ne questionnera pas l’homme qui s’emporte, puis qui sacre un point sur la table dans son CA ou dans son équipe. C’est comme si c’était une rage qui est valide puis validée tandis que pour les femmes, ba on va souvent reléguer nos émotions quand elles sont mises à l’avant… On va mettre ça sur le dos finalement de l’hystérie ou de la folie, est-ce que tu as tes règles? Qu’est-ce qui se passe, pauvre petit chat? On va la discréditer. On ne crée pas d’espace d’accueil pour cette rage, pour cette colère pour qui est finalement c’est un flag pour dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas, mais on n’a pas le droit, on n’a pas accès à ça.

Geneviève - Puis, dans le cas du livre, il y en a beaucoup, beaucoup qui ont témoigné, qui rentraient leur colère à l’intérieur d’elles, puis que ça sortait en burn out. Ça sortait en épuisement, ça sortait en enjeu de santé mentale parce que ce n’est pas permis de la sortir vers l’extérieur. Moi, je le vois aussi dans le domaine de la gestion, qui est mon secteur. Quand un homme fait une colère, ça peut être même interprété comme du bon leadership, il sait où il s’en va, il est solide, tout ça. Mais si moi, j’arrive, puis je fais une colère. Là, c’est vraiment comme Natalie-Ann l’a dit, c’est discrédité, tout ça. Puis, de la même façon, après le livre, on a commencé à dire qu’on va davantage nommer nos colères. Mais ce n’est pas tout le monde qui est prêt à la recevoir, même si on la nomme de façon non violente, c’est vraiment difficile que ce soit bien reçu, que ce soit bien interprété. Oui, nous, on a appris à nommer davantage nos colères, on invite les autres à le faire. Mais ce n’est pas évident que la société est prête à le recevoir, que nos conjoints, conjointes sont prêts à la recevoir, que nos amis sont prêts à le recevoir, nos collègues… C’est vraiment un travail de dire « mais cette émotion-là est tout aussi valide que nos larmes ». Ça, on a appris les larmes, on n’a pas appris la colère!

Lili - Mais moi, j’ai souvent eu l’impression que, en fait, les femmes, on est encouragée à exprimer nos émotions de vulnérabilité, quand on a l’air faible, quand on a l’air de comme de sentir qu’on n’a pas de pouvoir, on pleure, on n’est pas bien, mais on n’est pas bien d’une manière très passive. Alors que les émotions des hommes, de ce même ordre, vulnérable, ça on leur dit oh non non! Ça faut censurer, mais les émotions des hommes qui incarnent le pouvoir, justement, comme la colère d’un gestionnaire qui n’est pas content des performances de son équipe. Là c’est comme, ah, OK, il montre de la force, du pouvoir. Donc ça, c’est bon. Alors qu’une femme, quand elle montre ces émotions-là, ça faut l’éliminer, ça passe mal. Et il y a des conséquences à ça.

Nathalie-Ann - Il y a un coup à payer absolument.

Geneviève - Tout ce qui s’éloigne de la conformité de genre. Je pense c’est un peu ça aussi, de dire dès qu’on s’éloigne de la conformité de genre, des stéréotypes, de ce qui est attendu de nous donc être un petit chat en boule dans notre coin en train de pleurer, ça, ça va. C’est très féminin. Ce n’est pas menaçant, mais vivre une saine colère, même pour de bonnes raisons, je pense, à une rencontre qu’on avait faite avec Françoise David qui disait « mon collègue » ils étaient co-porte-parole, puis elle disait que son collègue co-porte-parole masculin, lui pouvait faire une colère devant les médias, et tout ça, c’était bien interprété. Et si elle se le permettait, pour des raisons tout à fait juste, pour des raisons sociales, c’était mal interprété, ça ne passait pas. C’est très difficile pour les femmes dans l’espace public de démontrer leur colère. Je pense que ça nous prend plus de modèles pour qu’on puisse banaliser ça. C’est juste une colère comme une autre, puis on accueille ça.

Lili - Est-ce que ça nous prend plus de colère parce qu’en même temps, ça fait peur justement, si on se dit comme OK, on ouvre les valves, on exprime tout le temps toute notre colère. Je veux dire, ça se peut que ça crée pas mal de conflits, non?

Geneviève - Mais moi, je suis vraiment, vraiment pro colère dans la vie. Je l’aime vraiment beaucoup. Puis, il y en a beaucoup qui ont témoigné dans le livre que c’est leur moteur d’action. C’est devenu leur moteur d’engagement social. Il n’y a pas de colère, je veux dire c’est devenu des actions concrètes. C’est devenu des manifs, c’est devenu… Il y en a qui sont chroniqueuses, qui sont journalistes, qui font des médias, qui choisissent des sujets. Ils sont portés par leur colère. C’est des outils de dénonciation, c’est des outils de militance. Pour moi, la colère, c’est de la connaître, de l’utiliser. C’est un outil de changement social. Ça fait que c’est sûr qu’on en a besoin. Si on la rentre à l’intérieur de nous à nous en rendre malade, on n’est pas en train d’être sur la place publique, en train de faire du changement social.

Nathalie-Ann - Non seulement ça, mais j’ajouterais que la colère, il y a différentes formes. Et si on est en train d’utiliser la colère, comme sur un objet ou sur une personne, qu’on ne s’est pas autorégulé, dans le fond, qu’on n’a pas vraiment vérifié, c’est quoi qui est à la source de cette colère-là, oui, je pense qu’elle peut avoir des conséquences graves, qu’elle peut faire peur, mais quand tu sais reconnaître ta colère, quand tu sais t’autoréguler, la voir et la prendre comme le moteur d’action que Geneviève nommait, là à ce moment-là tu sais comment la diriger, comment la canaliser, comment la sortir de toi, mais sans la faire payer non plus aux autres.

Lili - C’est ça un peu le danger aussi.

Nathalie-Ann - Oui, c’est ça si tu fais payer les gens parce que toi, tu n’es pas capable de te réguler puis de diriger, oui, ça peut faire peur, mais elles sont nécessaires, nos colères, elles sont porteuses de changement. C’est vraiment le petit flag qui lève à l’intérieur qui dit : « Bah ça, c’est une injustice, ça, ce n’est pas correct. » I will not take the shit

Geneviève - Je vais dire là-dessus aussi, tu sais parce qu’on dit ça, ça peut faire peur. Là, je pense aussi au mouvement des saris roses en Inde. Je pense aux livres Armer la rage. Des fois, j’ai envie que la colère puisse faire peur. Oui, puis qu’on se dise ben.. Parce que dans toute cette histoire-là, avec le système d’injustice, avec l’impression de ne pas être protégé, avec l’impression que nos colères ne sont pas entendues. Mais ça aussi, ça génère de plus en plus de colère. Et des fois, je me dis, autant qu’il y a des positions militantes où il y en a qui disent qu’il faut des fois pour faire bouger les choses laisser exprimer toute notre colère. Mais de la même façon, je pense que la colère des femmes, si elle était crainte, on vivrait dans une société différente.

Lili - Peut-être avec moins d’agressions sexuelles s’il y avait des conséquences.

Geneviève - Mais Armer la rage, l’autrice dit « Si les hommes qui agressent avaient peur d’en sortir amochés, d’en sortir maganés, d’en sortir c’est ça, physiquement maganés, peut-être qu’effectivement l’équation serait différente. » Je pense qu’on fait juste commencer à apprivoiser nos colères, et tout son potentiel. Ce n’est pas, pour moi, ce n’est pas du potentiel destructeur, c’est du potentiel transformateur.

Nathalie-Ann - De prendre, de reprendre son pouvoir aussi et sa place dans le monde.

Lili - Jocelyn Bell, elle, elle ne s’est pas laissé aller à la colère, comme quand elle vivait de l’injustice. On dirait plutôt qu’elle s’est adaptée à ça. Elle… C’est qu’elle contrôlait ses rugissements. Elle contrôlait ses émotions, mais d’une autre manière, là, au final. Est-ce que vous pensez que c’est ce qui se passe aussi souvent avec les femmes, puis les filles quand on est enfant, qu’on le perçoit et qu’on doit s’adapter aux attentes?

Nathalie-Ann - Je pense qu’on est en perpétuelles stratégies de contournement des émotions qui rendent les autres mal à l’aise. Comme femme, comme fille premièrement, on va se faire socialiser, mais je me vois même comme mère de deux enfants, une fille aînée, un garçon. Je m’entends, je me vois des fois en train de recadrer la colère de ma fille, puis vraiment moins le faire pour mon garçon. Puis je veux dire, j’ai quand même une littératie au niveau des émotions, on a codirigé des collectifs, on est dans ces discussions là. Mais oui, il y a comme quelque chose de fondamental qui se crée à partir de trois ans et plus où on socialise et que les femmes, les filles, les femmes vont pallier pour l’inconfort de l’autre.

Geneviève - Le care jusque dans… comment on gère nos émotions.

Nathalie-Ann - Faire abnégation finalement de soi-même.

Lili - Le code, l’exemple d’interrompre quand on parle, je trouve ça tellement parlant. Comme, en tout cas, moi ça me parle vraiment beaucoup. Non, mais j’ai l’impression d’avoir, comme tellement souvent remarqué à quel point c’était genré et à quel point moi, je me laisse interrompre souvent et je ne le souligne pas, je ne le remarque même pas des fois. Faut vraiment que j’y pense comme « Ah oui, je me suis fait interrompre! » Je vois ça chez les autres femmes aussi. Puis, souvent, j’ai remarqué que beaucoup d’hommes ne tolèrent aucunement d’être interrompus, le prennent très mal quand ça arrive. Puis, et puis je me demande d’où ça vient? Avez-vous une théorie? Moi, je mets, mais je me dis sûrement qu’il y a quelque chose de genré là, ça ne se peut pas que ça ne soit pas ça. Est-ce que vous avez remarqué?

Geneviève - Ouais, mais ça me fait penser à… quand on a écrit aussi quand on a codirigé Libérer la culotte, on aurait pu faire un livre complet sur la douleur de comment les femmes endurent plus de douleur, comment leur tolérance de douleur est plus grand, puis que si les hommes vivaient ça, ça ne serait pas du tout comme ça. J’ai l’impression que pour se faire interrompre, c’est un peu ça. C’est comme si notre seuil de tolérance n’était pas à la même place. Probablement par notre socialisation aussi. Puis, tu fais bien de le dire que si on commençait à tout le temps à dire « Ah non, mais là, tu viens de m’interrompre. Non, mais si tu permets je vais finir ma phrase ». Non, mais peut-être que ça changerait la dynamique! Peut-être que les gens s’en rendraient compte aussi. Parce que des fois, c’est comme des dynamiques qu’il n’y a même pas…

Nathalie-Ann - Invisible.

Geneviève - nécessairement de la mauvaise volonté, c’est juste comme une habitude de ne pas se voir aller.

Lili - Ouais, oh oui, c’est complètement subjectif. Est-ce que ça ne te dérange pas de te faire interrompre ou est-ce que ça te met en colère?

Geneviève - Ça devrait toujours nous déranger parce qu’on devrait toujours écouter l’autre.

Lili - Mais pour vrai moi, ça ne me dérange pas tant que ça. Comme je me dis, c’est la communication comme je sens quand quelqu’un comme veut rebondir sur ce que j’ai dit.

Nathalie-Ann - Il y a comme une excitation.

Lili - Comme une excitation, un emballement dans la communication fait que pour moi, c’est comme ça fait partie de la vie.

Geneviève - Mais de la même façon, tout ce qui est prendre la parole dans l’espace public, quand au conseil d’arrondissement, pas de… Au conseil de ville à Montréal, il y avait une élue qui tricotait selon le temps de parole une couleur si c’était les hommes, puis une autre couleur, si c’était les femmes. Puis elle a démontré que, finalement, la couleur des femmes était vraiment moindre que celle des hommes, donc juste de prendre de l’espace. Les hommes avaient besoin de prendre plus d’espace, de parler plus longuement, d’utiliser l’ensemble de leur temps de parole, même si ce qu’ils avaient à dire pourrait se résumer pour être plus concis. Ça aussi, je pense qu’il y a comme une habitude de la prise de parole dans nos espaces, une habitude de la prise de parole, surtout publique. C’est surtout celle-là qui m’intéresse le plus. Où est-ce que ce n’est pas reçu de la même façon et où est-ce que nous on ne sent pas le besoin d’utiliser… Si on me donne deux minutes, je n’ai pas nécessairement besoin d’utiliser tout mon deux minutes pour dire la phrase que je veux dire.

Lili - Dans le cas de Jocelyn aussi, comme le fait qu’elle s’est beaucoup fait parler de son apparence physique, de son intimité, moi j’ai l’impression que ça distrait aussi, comme ça distrait toi-même de ce que tu vis ou de ce que tu as à dire ou de ce que tu as amené dans l’espace public. Ah oui, maintenant, il faut que je pense à mon apparence.

Nathalie-Ann - Continuellement, un message comme ça, qu’on envoie aux femmes dans l’espace public, de faire attention à leur image parce qu’on va en parler. Peu importe si tu as envie d’embarquer ou non, on va en parler. Hillary Clinton, l’exemple parfait.

Geneviève - Pauline Marois, Hillary Clinton, ont toutes les deux, choisit de limiter le plus possible les discussions sur leur image en choisissant des vêtements toujours pareils.

Nathalie-Ann - Mais on en parle quand même. Il y a toujours un espace qui est alloué à ce qu’elle porte, à ce qu’elle portait. Est-ce qu’elle a un mari, des enfants, des questions qu’on ne poserait jamais à leurs homologues masculins.

Geneviève - Parce qu’on ne peut pas s’empêcher de sexualiser le corps des femmes, ça fait qu’il est supposé exister dans l’espace public.

Nathalie-Ann - Pour plaire

Geneviève - Pour être sexualisée, pour plaire. Ça fait qu’encore là, notre regard est toujours porté de cette façon-là. Leur seule issue, c’est justement l’uniforme. Oui, l’uniforme, l’uniformisation du vêtement, donc pas de créativité, quelque chose qui ne soit pas moulant, quelque chose qui soit… Donc, pour réussir à remettre la conversation sur…

Nathalie-Ann - Sur les vrais enjeux mais, on en parle et on le fait nous-mêmes en tant que femmes, parce que nous aussi on a intériorisé les mêmes messages, fait que of course, que ça va être intéressant de voir qu’est-ce qu’ils vont dire sur Catherine Dorion et son hoodie à l’Assemblée nationale ou son choix de déguisement pour l’Halloween. Toujours une critique, puis, on va embarquer homme, femme là-dessus parce que c’est les stratégies qui ont été mises en place de toujours diminuer l’espace qu’occupent les femmes, les discréditer, que ça soit par le vêtement, que ça soit par un choix. Quel choix qui font, il n’est jamais bon finalement. 

Lili - Et j’ai l’impression qu’en ce moment, chez les féministes, il y a comme deux écoles de pensée par rapport aux émotions et aux vulnérabilités des hommes. Parce que ces dernières années, on en parle beaucoup, beaucoup, du fait que les hommes qu’ils parlent de leurs émotions, faut qu’ils pleurent, faut qu’ils se soutiennent entre gars, qu’ils aient des amis avec qui ils peuvent parler de leurs problèmes. C’est parti entre autres, j’ai l’impression de toutes les féminicides et de cette idée qu’« Ah, là, les hommes explosent parce qu’ils n’ont pas de lieux assez pour… »

Ils tuent du monde.

Lili - Ils tuent du monde parce que c’est ça, ils n’ont pas été capables de parler de leurs émotions avant. Bref, il y a deux écoles de pensée, j’ai l’impression, du côté des féministes où c’est beaucoup encouragé. On dit oui, oui, il faut que les hommes prennent acte du fait que c’est des êtres vulnérables eux aussi. Il y a une autre école qui dit plus comme « hey, encore une fois, comme on finit par parler des hommes, puis à mettre les projecteurs sur les hommes et leur vécu à eux, vous vous positionnez où par rapport à ça? »

Nathalie-Ann - Moi, je pense que les deux positions sont valides.

Lili - OK.

Nathalie-Ann - Je pense que c’est des conversations avec beaucoup de nuances qu’il faut avoir, faut les développer. Il faut parler de tous ces enjeux, de tous ces enjeux-là, Lise Planck fait un travail formidable avec son livre, For the love of Man, elle fait aussi un podcast avec des gars.

Lili - C’est à elle que je pensais justement qui incarne cette école-là de comme Ah faut parler des hommes aux hommes.

Nathalie-Ann - C’est important que les hommes trouvent des espaces pour leur vulnérabilité. Le patriarcat, les femmes en payent peut-être plus un coup au niveau des féminicides, de la violence sexuelle, de la violence conjugale, de la violence physique. Mais les hommes en paient un coup des fois, on va parler des suicides des hommes, mais c’est vrai qu’il y a dans les statistiques, ils sont là plus haut. Donc tout le monde paye pour ces espèces de conformité de genre là, il devrait y avoir de la place pour tout le monde, je pense, pour avoir ces conversations-là, pour aller explorer nos vulnérabilités, pour donner plus de temps de parole aux femmes. Les deux écoles sont bonnes. Je pense qu’il ne faut pas en éliminer ni l’une ni l’autre.

Geneviève - Moi aussi je suis de l’école de la diversité des tactiques. Là, on se rend tout au même but. Cependant, moi, dans mon temps, et mon énergie, c’est vraiment libérer la parole des femmes, puis des personnes qui s’identifient queer, trans, non-binaire. C’est vraiment cet espace-là que j’ai de l’énergie, que j’ai l’élan, que j’ai envie d’aménager. Puis j’ai vraiment pu d’énergie pour faire de la pédagogie à des gens qui n’ont pas fait le travail, qui ne sont pas rendus là. Vraiment, moi j’en vois les alliés et les ceux qui veulent être des alliés masculins, faire leur travail, aller chercher d’autres alliés, discuter entre eux.

Nathalie-Ann - On s’est questionné aussi en créant ces collectifs, à savoir si on invitait un homme, des hommes. Puis non, c’est ça. On a choisi, nous, de mettre notre engagement dans la parole des femmes et des personnes trans et non-binaire…

Lili - Est-ce que vous avez eu peur à un moment de renforcer l’image de la féministe frustrée?

Geneviève - Hey j’espère ben!

Geneviève - C’est ça qu’on voulait. Je pense qu’on l’a même écrit dans le livre. Oui, on est des féministes frustrées, puis on se…

Lili - C’est assumé.

Geneviève - Ah oui, complètement pis Libérez la culotte, après c’est des féministes mal baisées.

Nathalie-Ann - Mal baisées par qui? On demande!

Geneviève - On demande! Faites vos travaux.

Nathalie-Ann - Mais oui, on voulait reprendre l’expression, se le réapproprier.

Geneviève - Tout à fait!

Lili - Oui, je suis une féministe frustrée et c’est valide.

Nathalie-Ann - Il y a de quoi. Qui peut être féministe sans être frustrée? On lutte contre les inégalités, on en voit partout. Puis je veux dire, c’est une parole dite pour être un peu humiliante ou rabaissante. Puis nous, on voulait justement se réapproprier avec toute la force, tout l’empowerment qu’on peut et dire « certain, on est hyper frustrées ».

Geneviève - Sinon, on ne ferait pas cet exercice-là.

Lili - Mais moi, je le dis pour avoir essayé de me distancier à une époque complètement de cette image de la féministe frustrée, ça ne marche quand même pas. Tu te fais quand même dire que t’es une féministe frustrée.

Nathalie-Ann - Ça fait que tant qu’à ça, on va vraiment le prendre!

Geneviève - Pourquoi travailler à se distancier? Pourquoi? Non, non. Et moi, j’ai fait ça longtemps aussi. Non, non, je suis une bonne féministe. Bon d’abord, j’ai un chum donc j’ai de la respectabilité sociale. Puis ensuite… Non, non, mais je ne suis pas si pire. Puis, je ne suis pas trop féroce pis tout ça. Je ne sais pas pourquoi j’ai essayé de faire ça.

Nathalie-Ann - Ouais, diluer le message pour comme palier à l’inconfort

Geneviève - Encore prendre soin. Allo! Il fut un temps où je croyais qu’il fallait faire de la pédagogie rassurante là. Mais hey, je pense qu’on n’avance pas si vite si on fait ça sans arrêt. Au contraire.

Nathalie-Ann - Et aussi d’enlever un morceau de responsabilité, d’intelligence à ton interlocuteur.

Geneviève - Ben oui, d’aller le prendre par la main et tout ça. Je pense qu’on renforce ce contre quoi on se bat. À dire « Oui, non, mais je vais t’expliquer vraiment, tranquillement, pas vite, une étude à la fois, toutes les injustices qui me rendent vraiment en criss. Mais je ne suis pas si en criss que ça. Ça va bien, j’vais te rassurer parce que je suis quand même gentille », ben voyons.

Nathalie-Ann - Ça, ç’a un coût! L’énergie aussi! On peut bien être en burn out des fois.

Geneviève - Ben voilà, le coût de la militance, de la pédagogie. Faites vos recherches!

Lili - Et lisez Libérez la colère.

Geneviève - Oui, absolument. Ça fait partie des recherches.

Si Jocelyne Bell a appris à contrôler comment elle laissait paraitre ses émotions, ça ne veut pas dire que la gêne ou la frustration qu’elle a pu ressentir quand on la sexualisait en tant que femme scientifique étaient illégitimes. Encore aujourd’hui, l’indignation des femmes est souvent mal reçue. Mais de la même manière qu’on veut mieux accueillir, dans notre société, les émotions de vulnérabilité chez les hommes, on doit aussi créer un espace pour accueillir les émotions des femmes. Les femmes ont le droit d’être inconfortables, en colère ou passionnées. Les émotions, ça génère des impulsions. Ça crée une énergie qui peut nous faire accomplir de grandes choses. Il suffit de les libérer!

C'était nobELLES

Une production du Planétarium de Montréal en collaboration avec Extérieur Jour
Ce balado est un concept et une réalisation de Lili Boisvert
Idéatrices Camille Janson-Marcheterre, Sandy Belley, Laurence Desrosiers-Guité
Basé sur l’exposition nobELLES de l’artiste MissMe présenté au Planétarium un musée d’espace pour la vie

  • Directrice de projet : Alice Renucci
  • Productrices : Elodie Pollet & Amélie Lambert Bouchard
  • Monteurs et concepteurs sonores : Benoît Dame & Jérémie Jones
  • Musique : Bam Music

Merci aux intervenantes et aux intervenants pour leur générosité et leur franc parler. 

Nous vous invitons à nous suivre pour un prochain épisode. 

Merci!

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