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Anecdotes de chercheurs et chercheuses: prédictions cosmiques

Auriane Egal est astrophysicienne au Planétarium. Elle est professeure associée à l’Université Western et collabore fréquemment avec la NASA.
Credit: Espace pour la vie/Marika D’Eschambeault
Auriane Egal est astrophysicienne au Planétarium. Elle est professeure associée à l’Université Western et collabore fréquemment avec la NASA.
  • Auriane Egal est astrophysicienne au Planétarium. Elle est professeure associée à l’Université Western et collabore fréquemment avec la NASA.
  • Malgré les embûches et les péripéties, cette mission d’observation de la chute d’un débris d'Apollo en 2015 au Sri Lanka reste l’une des plus grandes fiertés de la chercheuse.
  • Campement dans le désert d’Atacama au Chili, lors d’une mission de récupération de météorites et de fragments de roches de geyser en 2017, avec l’IMCCE de l’Observatoire de Paris.
  • Qui va à la chasse garde sa météorite! Ce fragment d’une taille de 4 cm a été récupéré lors de la mission au Chili.
  • Récolte de fragments de roches de geyser dans le désert d’Atacama au Chili en 2017 pour fins de comparaison avec des structures géologiques retrouvées sur Mars.
  • L’Observatoire du Pic du Midi de Bigorre dans les Hautes-Pyrénées, où Auriane a installé et entretenu des caméras d’observation des météores.
Anecdotes de chercheurs et chercheuses: prédictions cosmiques

Auriane Egal est astrophysicienne et chercheuse au Planétarium. Il arrive parfois que l’on confonde son domaine d’expertise avec l’astrologie, mais son travail n’a rien à voir avec les horoscopes! Auriane fait tout de même des prédictions cosmiques. À l’image du personnage de Jennifer Lawrence dans le film Déni cosmique (Don’t Look Up, en anglais), Auriane calcule les probabilités de passage des pluies de météoroïdes grâce à un modèle numérique qu’elle a élaboré. Ses prédictions permettent de limiter les risques de collision des météoroïdes avec les vaisseaux spatiaux, satellites, télescopes et surtout… les astronautes qui vivent dans la Station spatiale internationale.

Sphère d’influence

Les recherches d’Auriane ont des répercussions bien au-delà de ce monde. En 2018, grâce à ses prédictions, l’Agence spatiale européenne a interrompu et réorienté la course de la sonde Gaia afin de la protéger d’une tempête de météores - Les Draconides!

Son travail aide donc à prévenir les dommages issus des collisions avec les météoroïdes qui risqueraient d'altérer le fonctionnement des équipements dans l’espace (module habitable de la Station spatiale, réservoir de carburant, moteur d’une fusée, panneau électronique, etc.). Pour un ou une astronaute, c’est une question de vie ou de mort, car l’impact avec un météoroïde est fatal.

Puisque le modèle d’Auriane est plus fiable que les modèles compétiteurs dans la majorité des contextes, c’est aussi le plus utilisé. Ainsi, son travail sert de référence pour la prise de décision par le département de la sécurité des missions spatiales* de la NASA. La décision d’éviter la sortie spatiale des membres de l’équipage ou d’arrêter le fonctionnement d’un satellite n’est pas sans conséquence. L’arrêt, même temporaire, du travail d’un ou d’une astronaute ou d’un équipement implique une perte de temps, de données recueillies et d’argent.

La sphère d’influence des travaux d’Auriane est large; une influence dont elle se doutait peu avant que son superviseur la mette en lumière: « Tes prédictions ne sont pas seulement utilisées par la NASA, elles sont utiles à toutes les autres agences spatiales du monde. Aucune pression, non? » (traduction libre de l’anglais)

Depuis peu, Auriane a officiellement intégré la plus grosse équipe de recherche sur les météores du monde à l’Université de Western, le Western Meteor Physics Group, en tant que professeure adjointe. L’arrivée de la pluie des Andromédides, prévue pour décembre, la garde occupée.

Persévérance - comme le rover

Entre deux récits que l'on peut qualifier d'exploits professionnels, Auriane me relate son parcours ponctué de moments des plus aventureux !

Par exemple, alors qu’elle était étudiante au doctorat, son équipe découvre qu’un ancien débris d’une mission Apollo, surnommé WT1190F, allait entrer dans dix jours dans l’atmosphère au-dessus du Sri Lanka. Voyant le phénomène comme une opportunité rare qui lui permettrait de tester ses caméras, son traitement de données et son calcul de trajectoire, Auriane décide de s’envoler vers le Sri Lanka en compagnie de sa collègue, Min-Kyung Kwon.

« Nous avons dû surmonter plein d’obstacles: rencontrer des gens sur place pour nous aider et nous héberger, trouver une source d’énergie, faire attention aux araignées, serpents et primates… le tout dans des conditions improbables. C’était la mousson, je me suis fait électrocuter par un câble, je n’ai pas pu lever les bras pendant des jours, j’ai dû affronter les journalistes entassés sous la toile de fortune de mon installation. L’un d’eux a déréglé l’ajustement d’un appareil et j’ai dû recommencer la calibration qui prend 24 heures, en étant privée de sommeil depuis 36 h… »

Après toutes ces péripéties, les données d’Auriane et sa collègue sont littéralement tombées à l’eau, car la pluie au moment de la chute de l’objet a rendu l’observation impossible. « Nous étions prêtes ! Personne n’avait réussi à faire ça avant nous. » Après tout, les astronomes dépendent souvent de la météo.

Grâce à l’accueil et à l’implication de la communauté locale, leur mission fut tout de même un succès: elle a été citée en exemple de collaboration internationale et reconnue par la communauté scientifique et l’Agence spatiale européenne. Sa rencontre avec des professeurs de l’Université de Matara a été si inspirante que ces derniers ont mis sur pied un programme d’observation de météores et un département d’astronomie au Sri Lanka. Les liens tissés entre Auriane et les équipes sri-lankaises sont encore vivants et forts aujourd’hui.

Cette expérience inoubliable brille au sommet du palmarès des moments chouchous de la chercheuse, côte à côte avec la désignation d’un astéroïde nommé 99851 Egal en l’honneur de sa contribution scientifique. « Il mesure 7,66 km de diamètre pour un poids relativement inconnu et il passe l'essentiel de ses journées à nous regarder entre les orbites de Mars et de Jupiter. Comme il est timide, je n’ai pas encore de photos de lui, mais il est bien cool », ajoute-t-elle.

Dans une galaxie près de chez nous

Plus près d’ici, Auriane pilote le projet DOMe, le volet québécois du projet de détection et de récupération des météorites qui chutent au sol dans la province. Elle coordonne également le volet international du consortium poursuivant les mêmes visées ailleurs dans le monde, sous le nom de FRIPON.

« Je plaisante aujourd’hui en disant que je fais de l’astronomie de proximité » me lance, rieuse, la scientifique.

*OSMA - Office of Safety and Mission Assurance / NASA's Meteoroid Environment Office (MEO)

Pour aller plus loin :

Chaque année au mois de novembre, Espace pour la vie présente la Nuit des chercheuses et des chercheurs : un événement unique qui célèbre la recherche et la rend accessible à toutes et tous.

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