- 14 Juillet 2026 - Jardin botanique : Actualités horticoles, Expérience
Au printemps 2026, plusieurs conifères et particulièrement les ifs de la collection du Jardin botanique étaient en mauvais état. Tout porte à croire que les conditions météorologiques particulières de l’hiver 2026 en seraient la cause.
Le printemps 2026 s’est fait attendre. Avril et mai ont été particulièrement frais et humides, retardant la floraison de nombreuses espèces d’arbres, d’arbustes et de plantes herbacées. À cette attente prolongée s’est ajoutée la surprise de constater l’état de plusieurs de nos conifères au Jardin botanique, dont les branches apparaissaient roussies et desséchées. Plusieurs ifs (Taxus spp.) figurent parmi les plantes les plus sévèrement touchées, parfois sur l’ensemble de leurs parties aériennes (Photo 1).
Soupçonnant initialement un problème phytosanitaire, des portions de branches et de racines ont été prélevées et analysées à l’aide d’approches moléculaires. Les résultats n’ont toutefois révélé aucune présence d’organismes pathogènes, qu’ils soient bactériens ou fongiques, dans les échantillons examinés.
Brûlure hivernale
Les observations réalisées au Jardin botanique ont également été rapportées chez de nombreux ifs dans la région de Montréal (Photo 2), ce qui suggère que ce phénomène n’est pas limité à un site particulier, mais qu’il est largement répandu à l’échelle régionale.
Cela nous a conduits à envisager que les conditions climatiques particulières de l’hiver 2026 pourraient être à l’origine de cette situation.
En effet, les ifs, comme plusieurs espèces arbustives à feuillage persistant, sont sensibles à la brûlure hivernale. Ce phénomène survient notamment en fin d’hiver, lorsque les températures journalières dépassent ponctuellement 0 °C. Les plantes redeviennent alors photosynthétiquement actives et transpirent, entraînant des pertes d’eau par les stomates des feuilles ou des aiguilles.
Or, lorsque le sol demeure gelé, les racines ne peuvent compenser ces pertes hydriques, ce qui provoque un déséquilibre physiologique conduisant à des dommages tissulaires et au brunissement du feuillage 1, 2. Des variations importantes de température ainsi que des vents forts peuvent accentuer ce déséquilibre et en amplifier les effets sur le feuillage.
Un hiver marqué par les contrastes
Par curiosité, je me suis permis d’examiner plus attentivement les données météorologiques des dernières semaines de l’hiver 2026. Deux épisodes marqués par des variations de température particulièrement abruptes se sont produits en fin de saison à Montréal:
- Le 28 février, une température de 7,2 °C a été enregistrée, avant que le mercure ne chute jusqu’à −16 °C au cours de la nuit suivante.
- Le 16 mars, un avant-goût du printemps semblait s’installer, la température atteignant 13,8 °C. Toutefois, là encore, les conditions ont basculé rapidement, avec des rafales de vent atteignant 90 km/h et une baisse nocturne de la température jusqu’à −11 °C.
De telles conditions contrastées sont particulièrement éprouvantes pour les végétaux sensibles à cette période de l’année.
Il est bien entendu difficile d’affirmer avec certitude que ces événements soient directement à l’origine des brûlures hivernales observées ce printemps sur plusieurs de nos ifs. Néanmoins, il ne fait guère de doute que ce type de fluctuations thermiques, combinées à des rafales de vent importantes, constitue un ensemble de conditions particulièrement propices à l’apparition de dommages et de brûlures hivernales comme celles que nous avons constatées au printemps 2026.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que les changements climatiques risquent fort d’accroître la fréquence de ce genre d’événements au cours des prochaines décennies. Si j’étais un if, je serais inquiet.
Références
1Ophardt M. et Hummel R. L. (2016). Environmental injury: Winter burn of evergreens. Washington State University Extension. 5 p.
2 Marquesen S. (2025). Preventing Winter Burn on Evergreen Landscape Plants. PennState University. 6 p.










