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Paysage sonore - Épisode 3 : nuit d’observation au télescope

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Jonathan Gagné

Votre guide dans cette aventure est Jonathan Gagné, astrophysicien et conseiller scientifique au Planétarium. Il se spécialise dans l’étude des étoiles jeunes grâce à son analyse des données issues des observations des grands télescopes de notre monde. Sous sa direction, laissez-vous transporter jusqu’à l’observatoire Magellan, niché dans le désert de l’Atacama au Chili.

Transcription de l'épisode 3 de Paysage sonore de la recherche

Présentatrice du balado - Qui n'a jamais rêvé de plonger dans l'univers d'une chercheuse ou d'un chercheur à travers le paysage sonore de son quotidien?

Cette expérience faisait partie des activités proposées par Espace pour la vie lors de la Nuit des chercheuses et des chercheurs.

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Agente de bord - Bienvenue, votre pilote ce soir est Jonathan Gagné. Jonathan est astrophysicien et conseiller scientifique au Planétarium de Montréal. Il se spécialise dans l'étude des étoiles jeunes grâce à son analyse des données issues des observations des grands télescopes de notre monde. Votre destination ce soir est l'observatoire Magellan, situé dans le désert de l'Atacama au Chili.

Choisissez une position confortable. N'hésitez pas à fermer les yeux et laissez-vous transporter par le paysage sonore de ses recherches. Bon voyage!

Jonathan Gagné - Aujourd'hui, je vous emmène avec moi dans une nuit d'observation au télescope Magellan Baade sur la montagne Las Campañas au Chili. J'ai travaillé fort pour gagner ce temps de télescope-là. Il faut convaincre un jury de sélection que ça vaut la peine et, si tu réussis, tu gagnes quelques nuits d'observation.

Dans mon cas, mon but, c'est de découvrir des nouveaux planémos. C'est des objets qui flottent tout seuls dans l'espace, mais qui ressemblent plus à des planètes qu'à des étoiles. Des fois, on appelle ça aussi des planètes flottantes. Les planémos sont gazeux, comme notre planète Jupiter, avec des nuages à leur surface. J'ai besoin de venir ici spécifiquement à l'observatoire Magellan parce que les planémos sont tellement froids que ça prend une caméra infrarouge pour les voir et ici, à Magellan, il y a une caméra infrarouge. Chaque minute au télescope est vraiment précieuse. Ça peut faire la différence entre faire une nouvelle découverte ou non. Si je fais une erreur, personne ne va me redonner le temps perdu. C'est vraiment important que je sois prêt, bien reposé et concentré même si je viens de faire à peu près 20 h de vol et que j'ai juste une journée pour m'adapter à l'horaire de nuit. Eh oui, on vit complètement de nuit pendant une mission d'observation.

Donc, ma journée commence à peu près vers midi. Les résidences des astronomes sont proches du sommet de la montagne Las Campañas. On a chacun notre chambre à nous avec un décor chaleureux, tout en tapis et en bois qui me rappelle les années 80. La première chose que je fais en me réveillant, c'est une tasse de café. Pendant mes missions au télescope, j'ai pris l'habitude de transporter des petits sacs de café avec un moulin et un percolateur manuel. Ça me permet de toujours pouvoir me préparer un café comme je l'aime, même quand je suis en plein milieu du désert. J'ai déjà eu des expériences assez terribles avec des vieilles cannes de Folgers prémoulues ouvertes depuis des semaines dans les armoires des télescopes. Ça m'a bien motivé à apporter du café un peu plus buvable.

Une fois réveillé, je sors de ma chambre et j'arrive directement dans le désert d'Atacama et je suis aveuglé par le soleil tapant de midi. Je longe le petit chemin en terre qui parcourt les entrées de toutes les chambres des astronomes et je me rends au grand building en bois de la cafétéria. Les cuisiniers travaillent à fond et une cinquantaine de personnes sont en train de commander leur dîner et de manger. Ça m'a surpris la première fois où j'ai été au télescope. Tout ça a beau être ici pour les observations astronomiques, mais la plupart des employé.e.s vivent quand même de jour. Les techniciens d'instruments, les cuisiniers, les plombiers, etc., C'est vraiment comme une ville en format miniature et il y a juste quelques personnes qui vivent de nuit. Faque pour déjeuner, j'ai le choix entre des céréales ou un gros bouillon de bœuf avec du riz.

Bon, c'est le temps d'aller au dôme pour préparer mes observations. Je vois les télescopes au sommet de la montagne, au bout d'une petite route en terre. En chemin, je contemple les montagnes désertiques à perte de vue. C'est la cordillère des Andes. Si on regarde bien, on voit quelques petits éclats lumineux sur une autre montagne au loin. Ce sont les télescopes Gemini-Sud et SORE sur la montagne Cerro Pachón.

C'est vraiment un paysage magnifique. Au bout du petit chemin en terre, j'arrive à deux immenses dômes métalliques. On dirait vraiment une installation de Star Wars. Il y a deux télescopes Baad et Clay reliés par un balcon en métal. Je rentre par la grosse porte aux pieds du télescope Baad et j'arrive dans un bâtiment vide et silencieux. À ma gauche, il y a le salon des astronomes. Deux vieux sofas bruns, du tapis brun, des murs bruns avec des vieilles revues de science poussiéreuses. Après la cafétéria bien vivante, je me sens retombé dans l'ambiance bien propre aux missions d'observation qui me fait un peu penser au film The Shining. Les marches dans le désert silencieux, les bâtiments vides et leurs vieux tapis.

Je monte à la salle d'observation. En haut, j'arrive dans une pièce avec une quinzaine d'écrans d'ordinateur fixés au mur, les uns par-dessus les autres. Je vais lancer les calibrations pour la nuit. Je passe par la porte pour me rendre à l'intérieur du dôme. J'arrive dans une immense pièce circulaire avec un plafond en forme de dôme. Au milieu, un immense télescope en métal prend quasiment toute la place. J'allume ma lampe de calibration et je retourne à la salle de contrôle pour enregistrer quelques images.

Ah! Alberto arrive. Je lui offre un café et il pitonne sur son ordinateur pour positionner le télescope. Tout le bâtiment se met à vibrer. C'est la forme de dôme qui est en train de s'ouvrir, le dôme qui tourne sur lui-même et le télescope qui tourne lui aussi sur sa monture pour se mettre en place pour les observations.

En premier, je vais prendre une image, tout simplement pour reconnaître mon étoile. J'ouvre une image que j'avais déjà préparée sur mon ordinateur portable qui montre toutes les autres étoiles dans le voisinage autour de ma cible. Ah! Ce son-là, ça veut dire que ma pause est terminée. Je regarde l'ordinateur de contrôle de l'instrument et je vois une image pixélisée en noir et blanc qui contient une quinzaine d'étoiles. Là, mon défi, c'est de reconnaître ma cible là-dedans.

Mon temps ici est vraiment précieux et je ne veux pas perdre de temps à observer la mauvaise cible. La méthode qu'on utilise, c'est vraiment old school. On compare l'image prise au télescope avec celle que j'ai sur mon ordinateur à l'œil pour essayer de reconnaître ma cible. Alberto vient lui aussi regarder pour m'aider. Il a du fun à faire ça et il est rendu pas mal bon.

Ok! C’est bon, on l'a trouvé. Alberto retourne ajuster la position du télescope. Je joue un peu avec la configuration de l'instrument. Là, on va changer de mode pour diviser la lumière de ma cible dans toutes ses couleurs. Un peu comme avec le logo de Pink Floyd avec le triangle en verre. Dans mon cas, ça va produire un genre d'arc-en-ciel infrarouge de planémo. Sur l'image de ma caméra, ça ressemble à une ligne blanche pixélisée. C'est la façon dont l'intensité de la lumière change le long de la ligne qui va me donner toutes les informations importantes sur mon planémo. C'est son empreinte digitale. Il faut que je prenne huit poses de 150 secondes chacune pour un total de 20 minutes. Je rentre ces chiffres-là sur l'ordinateur de l'instrument et j'appuie Go!

En attendant, je peux aller faire un tour sur le balcon. Dehors, il fait déjà très noir et il vente. Ici, il n'y a vraiment pas de pollution lumineuse. On est tellement creux dans le désert. Il n'y a pas une ville à l'horizon qui puisse polluer. C'est vraiment impressionnant de voir autant d'étoiles. À chaque fois, j'oublie à quel point. En plus on voit super bien la Voie lactée de l'hémisphère sud.

Ok! C’est le temps de rentrer. Les pauses de ma cible continuent d'arriver et je vois encore une belle ligne blanche pixélisée sur mon détecteur. On finit vraiment par apprécier la beauté de ces images brutes pleines de pixels après avoir passé autant de temps à préparer les observations et avoir voyagé jusqu'ici. La caméra finit de prendre ses poses. On passe à la prochaine cible et on répète.

La nuit passe vite et je vois que mes pauses sont graduellement plus bruitées à mesure que le soleil pointe le bout du nez. Bon, c'est le temps de ranger tout ça. Alberto va fermer le dôme et remettre le télescope à sa place pour les calibrations de demain. Je suis vraiment content d'avoir toutes ces nouvelles données-là et j'ai vraiment hâte de les analyser. Par contre, je suis aussi vraiment fatigué. Il est presque 6 h du matin.

Dehors, la vue est vraiment belle. C'est étrange le sentiment qu'on a avec les levers de soleil spectaculaires en fin de nuit d'observation. Le mélange de satisfaction, d'excitation et de fatigue intense avec la tentation d'analyser les données au lieu d'aller dormir. C'est vraiment un moment important pour ma recherche les missions au télescope comme ça. C'est quasiment un rituel. Quand tout se passe bien et que la météo est belle, qu'il n'y a aucun bris d'équipement, je me sens vraiment chanceux et je suis content de repartir avec plein de données excitantes à analyser.

  Signal d’annonce

Agente de bord - C'était une plongée dans le paysage sonore de la recherche, en direct de la Nuit des chercheuses et des chercheurs. Ce balado est une production d'Espace pour la vie.


  • À la réalisation : Marika Deschambault
  • Révision et accompagnement des scientifiques : Jordane Cousineau
  • À la narration : Sandy Bailey
  • À la prise de son, au montage et à la conception sonore : Diego Riveros

Un merci tout spécial aux scientifiques de s'être prêtés au jeu.